Poèmes Inédits 2020

Première heure du vide
Ce monde sans un seul chemin
Ni même aucun monde

 

Mercredi Premier Janvier 2020, 10h47

Je ne sais pourquoi
Ce monde
M’a donné forme de regard,
Ni pourquoi d’homme
Plutôt que d’épilobe,
De roche ou de cheval ?
Je ne sais davantage pourquoi il danse,
Ni quel secret se dit entre les sources,
Ni quel jardin voyage 
Dans la poussière de son absence.
Mais je sais que l'énigme
Et sa lumière immémoriale
Marchent sans bruit devant mes pas.

Vendredi 3 Janvier 2020, 13h21

Puis la maison d'espace
Autour de toi
S'épanouit d'un cercle unique
Et la clarté fleurit d'absence.
Le pur ivoire de cet instant
Rejoint le coeur et part de lui,
Rayonnant oui qui te remplit d'une évidence aussi complète et fine
Qu'elle ne dure pas
Et pourtant se prolonge, inexplicable et nette,
Plus que mémoire de son aura,
Promesse qu'il est un lent pays mental
Uni au très vivant réel,
Où commence l'autre soi.

Samedi 11 Janvier 2020, 23h59

Plus seul qu'un chemin du soir,
Tu traverses la cendre,
Un pétale à chaque talon
Pour l'offrir au vide.
Ne te retourne pas,
Tu ne verrais qu'un effacement léger
Dans le berceau des roches
Avec un arbre sans lueur.
Ta tête ensemence le vent
De tant de poussières qui furent pensées
Puis abolies ;
Ta bouche est une,
Et tes paupières
Silence
En ce moment où le jour neutre abandonné
Te guide
Entre la fin de tes images
Et les naissances
Venues trembler à la rencontre
En tournant dans la neige
Qui seule
Rappelle au rien 
Les pas d'hier.

Mardi 14 Janvier, 16h26

Je ne sais pas combien de ses visages
Poursuivent en moi leur dédale inconnu,
Comme des oiseaux muets,
Marchant sous des feuillées épaisses,
Hantées d'obscur et de touffeur.
Parfois, certains franchissent le sable d'une allée
Où je suis seul,
Ne percevant
Qu'un mince flocon d'incertitude.
Je ne sais pas si je puis parler d'elle, si je le dois,
S'il est permis que je recueille le peu de rosée blanche
Que laisse au creux des jours une âme enfuie,
Et forme à son contour une maladroite irisation
De mots absents,
Ne sachant pas
Quelle est la silhouette
Que je crois réunir
En prononçant ce nom de mère,
Alors que tant de neige et tant de vide
Entourent silencieusement ce que j'ignore.

Dimanche 19 Janvier 2020, 11h27

Shavasana, 

Le temps écoute

Selon le souffle

Et sans le temps.

La lampe obscure ouverte à tes paupières

Comme un lent escalier,

Referme les miroirs.

Ta nuit rejoint la nuit,

Chacun des nombres écrits selon les axes dénoués

De ce qui fut ton corps d’absence

Tourne en silence une clé parmi les lieux multipliés de l’Un.

Shavasana, 

Ton Nom efface le mien.

 

Ce vendredi 24 Janvier 2020, 9h38

J'erre en ce monde errant, 
Comme un nuage entre les montagnes.
Il fait seul.
De grands élans d'absence déplient leurs ailes à l'horizon.
La neige est souvent là,
Veillant la longue attente jusqu'au baiser de l'herbe neuve,
Inexplicable, et si poignante quand elle frémit dans la lumière.
Parfois, le monde se retourne et me regarde en silence,
Puis il reprend chemin, comme un cheval pensif.
Des jours entiers le suivent en questionnant à lèvres closes.
Les vallées s'ouvrent, s'étendent et s'éloignent un à une 
Ainsi que des fumées sur des lacs immobiles.
Je garde un cristal contre mon cœur.

 

Dimanche 26 Janvier 2020, 8h20

Rituel d'hiver

Seule est la maison seule

Et seulement seule environnée de neige

Et de distance épanouie,

Hurlant le blanc de son silence ;

Et seule offerte illimitée comme un désert 

Est l’étendue des vents premiers.

La nuit implore la nuit,

Le temps s’est entièrement vidé de ses viscères

Que le haut gel a résorbés.

Tu es dans la maison natale des nombres purs 

Assis parmi le cercle en un,

Devant les fins esprits du feu 

Ouvrant au centre 

Un jardin spiralé.

 

Puis les paupières ébènes

Inversement,

Te conduisant 

Au lent couloir d’abolition.

Les voix se lèvent

Ainsi que des lueurs

Aussitôt résorbées,

Frôlant tes joues

Tandis que tu respires 

Dans l’abandon,

Laissant répandre tes lambeaux 

Parmi les ombres oublieuses ;

Et seuls frôlant la nuit

Les rameaux chuchotés,

Comme un brouillard marchant à pas de léopard.

 

Puis les appels froissés,

Le chant des talismans

Faisant trembler le vide entier

Qui te remplit,

Comme si tu n’étais rien qu’une simple flamme

Sur l’eau nocturne de l’absence,

Et les ténèbres autour de toi s’étendent à l’unisson,

Prenant ta forme écartelée.

Il n’est d’espoir au pli du rien

Que ce noyau d’exil,

Tel un visage demeurant clos.

 

Alors, en cercles de furies,

Les songes et les clameurs,

Les talons rouges battant le marbre du néant,

Et les lanières de lune ensorcelant tes souterrains.

Tu es renard, hibou, écorces amères,

Imploration d’étoiles trouées dans le grand gel,

Bourrasques de l’immense 

Annulant ton image.

Le thé bouillant du fer prend maintenant ta place.

 

Il te faudra franchir par abstention,

Livrer bataille sans un mouvement,

Offrir la poudre d’os de ta douleur

À la dureté du labyrinthe 

Murant l’amande

Où tu persistes

En un pétale.

 

Voici l’esprit de l’aigle.

Il boit en toi la cendre

Et les éclats coupants,

Le gravier funéraire de tes membres épars

Et les anneaux d’épines

Entrelacés d’organes ;

Il brûle

En un grand cri qui se propage

Ton lièvre de blessures,

Rendant leurs seuils

Aux larmes dénouées.

 

Voici la mousse,

L’humus humidifié de ses constellations,

La fine enfance de l’herbe nue,

Et les cavernes des racines ensemençant 

Les souvenirs d’outre-nuage,

Et les masques d’ancêtres 

Soufflant l’ardeur dans les forêts du bronze,

 

Voici la nuit,
La haute nuit de la lumière

En sa vie ramifiée,

L’encens des résonances 

Touchant les tempes,

Et le feuillage multiplié des doigts

Recomposant ta tête ainsi qu’un vase

Où sont versées les huiles de tes reflets 

Transfigurés

Et réunis

En une seule aube.

 

Elle a, tandis que tu éclos,

L’apesanteur des gouttes

À la surface d’une obsidienne.

Devant toi sont les lampes,

Aussi légères que les fontaines ressuscitées

De ton cœur jaillissant.

 

Dimanche 26 Janvier-Vendredi 31 Janvier 2020, 11h09 et 11h11, 13h49 et 19h41

Percevoir la pierre,

Sainte Victoire vue d’orient,

La dépouiller de tous ses noms,

De ses orients et de ses silhouettes mentales,

Comme autant de tatouages offerts à la fumée,

Laisser redevenir sa forme absente au centre d’un non lieu,

S’affaisser les emblèmes, les masques et les blasons

De son armure,

Les oliveraies d’images

Et les bassins d’eau froide

Où vibrent les mémoires entre des mains de nuit,

Recevoir seule en un silence uni comme une étoffe

Tombée à terre,

La fadeur étonnée de son ambre inconnu.

 

Ce vendredi 31 Janvier 2020, 12h00

Tu traverses le monde,
Emportant ses figures
A chacun de tes pas.
L'étoile que tu questionnes
Est dans tes mains, 
Ton coeur et tes talons.
Elle tourne en toi,
Jumelle du signe circulaire
Qu'elle adresse à tes yeux,  
Naissant toujours deux fois
Sans que tu saches si ton visage
Formé de terre, de goutte et de lueur
Inversement, voyage en elle,
Géométrie première de ton hésitation.
Et tout en toi se cherche à travers ton chemin,
Fougères, abeilles, 
Rochers bleutés de vide,
Montagnes et forêts entretissant leurs ombres
A la lumière vibrée,
Rameaux du souffle pur lorsque revient la nuit,
Ou que frémit une aube
Ainsi qu'un papillon posé contre ta main.

Vendredi 31 Janvier 2020, 23h22

Monde à peau bleue,
Comme un fruit d'automne 
Riant de fraîcheur et de ciel,
En roulant dans ma paume ;
Monde lisse et rond,
Comme les gouttes
Un matin d'étoile
Continuant de coudre le silence
A la pointe encore noire d'un tilleul,
Juste avant le chant.

Vendredi 7 février 2020, 23h50

Je regarde cette aube.
Je regarde un silence.
Je regarde un oiseau.
Les trois construisent
Un seul triangle pur
Sur l'invisible espace
De l'espérance.

Vendredi 21 Février 2020, 8h59

Je ne connais 
Les véritables noms.
Mais je sens qu'ils me frôlent
Et sans raison me sollicitent.
Le silence d'une bougie,
Le long parfum de la poussière
Aux cheveux morts des souvenirs,
La fine pression des doigts contre les vitres,
Comme des pétales nés de la nuit,
Le blanc chemin des cloisons nues
Disparaissant à la paupière des portes,
Tout me rappelle que les poupées de solitude
Et la passion de l'immobile
Se révélant par des lambeaux
Sont les seuls dons,
Comme un poème formant son vide
Autour du rien.

Dimanche 8 Mars 2020, 19h19

Ode à un pigeon mort vu le 14 Mai 2020

Tête appuyée
Au bas d’un mur,
Anonyme anthracite
A peine marqué d’une aube
Couleur de lait ,
Que nul n’a remarqué
Entre la pierre physique
Et l’autre face
De ton voyage…
Est-ce toi qui m’a guidé
Il y a si peu
Dans le dédale
De rues désertes et silencieuses
Où toi et la lumière
Composiez les poèmes
Des journées suspendues ?
Maintenant que chacun
Reprend ses droits d’oubli,
Que mille et mille semelles
Effacent
En nouant des chemins
Ne menant à nulle part ;
Te voici, mort,
D’une discrétion de mousse,
Oiseau sans autre nom 
Que le blason de ton espèce,
Entièrement circonscrit 
De ta forme parfaite,
Seule maison pure de ton essence
Restée à la surface,
Tandis que tout entier
Tu es ce loin que je regarde
En un lieu de poussière.
Je le promets :
Lorsque viendra mon tour
Et qu’émergeant dans la pâleur
Il me faudra être témoin,
Alors,
Parmi les vides et les fumées,
Je te reconnaîtrai.

Samedi 16 Mai 2020, 18h45

Chaque nuit est un petit monde
Et tu es l'un d'entre eux.
Puis tu reviens à la rosée
Autour de laquelle voyage une fourmi.
Sur l'autre bord de sa prière, 
La lumière sera longue à se retirer,
Glissant ses sandales entre les ombres tièdes
Qui auront des parfums de soie,
De sable et de phosphorescence,
Et tu seras tout entier pollen
Irradié d'offrande,
Te prosternant avec elle
Dans la splendeur de la poussière,
Au moment de la lune encore pâle
Comme un miroir qui attend.

Dimanche premier Juin 2020, 18h37

Salutation à Shiva

 

Salut à toi sourire,
Ô lumineux !
Danseur d’abeilles
Portant les ombres 
Et leurs pivoines 
Sur le plateau de tes paupières,
La cendre et le safran 
Contre tes joues,
Et tout le lait de cet ici mouvant comme les heureux nuages,
Tombant depuis ta gorge et tes épaules 
En double étole de ta bénédiction,
Et les cercles chevilles 
Sonnant en allégresse 
Comme des cabris dans les rochers,
Et les palombes en tes regards,
Et tes talons aux joues du sol,
Et le zénith au cyclamen uni
De ton front pur beurré de jour,
Et le chemin de liane où tu parais,
T’enroules et te disperses
Aux quatre seuils de l’identique,
Ô toi !
Parfait amour dans la diversité de tes feuillages,
Fumée du marbre nervuré,
Parfum d’eucalyptus au crépuscule
À l’heure du chant qui t’offre braise
Sur un cerceau de miel.

Mercredi 10 Juin 2020, 16h22

Salutation à Krishna

Tu es le clair et le croissant,
L’adolescence du crépuscule,
Tandis que les bûchers
T'offrent l’absence.
Il te suffit d’un seul encens
Pour que l’étoile d’avant sommeil
Ouvre les yeux des espérants,
Parmi les dons de l’incolore,
D’un seul baiser donnant la neige 
Pour que tout recommence 
Du fleuve aimé à ton image,
Des barques avec les lampes,
Ô bleu, dans l’ambre du silence
D’où naît ton papillon 
Accompagné d’un chant.

Vendredi 12 Juin 2020, 20h12

Salutation à Vishnou

Sois le jasmin du lait,
Le plus haut bleu de neige
Parmi les jours d’émail,
Repos, patience,
Et nombre éblouissant 
Des nuées voyageuses
Qui toutes ont le visage
Baigné de nuit du parfait jour,
Époux des larmes innombrables
Au jardin clair de l’altitude.

Dimanche 15 Juin 2020, 20h27

Salutation à Rama

Beau cavalier de neige
Touchant aux nuits de haut iris,
Tu es archer de cercle
Au retour des cithares 
À chacun de tes doigts.
Tu es le solitaire du double feu
L’époux de la naissante 
Qui vibre de feuillages
En un chant exilé.
Puis tu reviens à l’eau première du jaillissement,
Redevenir le joyau nu de ton amande
Intemporelle
Dans le drapé de l’aube.

Vendredi 19 Juin 2020, 9h22

Quatrième et dernière salutation, cette fois-ci, à Sita,

La joyeuse est collier,
Ambre des reins huilés de danse,
Nageuse azur
Et jardinière d'oiseaux,
Fontaine épanouie versant l'inverse
En pur envol
Parmi les mains de l'apparence.
L'irisation de son visage
Humecte le figuier
Au bord de son éveil.

Samedi 20 Juin 2020, 16h49

Cristal du centre rayonnant.
Ciel étoilé devant toi,
Ciel étoilé derrière toi,
De part et d'autre de tes tempes,
Tes flancs et tes hanches ; 
Ciel en-dessous, au-dessus,
Toujours et en toi,
La tulipe d'un matin
Fleurissant par la lampe
Modelée dans la nuit.

Dimanche 21 Juin, 2020, 16h17

Copyright 2012 Marc-Henri Arfeux